« Pour vivre heureux, vivons simplets »

Je reçois beaucoup de propositions par le biais de mon super formulairePlus que je n’aurais osé l’imaginer. Et autant vous dire que ces sources d’inspiration à l’heure où l’atelier d’écriture a sonné sa trêve estivale, c’est un vrai bonheur pour moi!

Parmi les derniers messages que j’ai reçus, il y avait celui de quelqu’un qui ne m’est pas inconnu. Une personne avec qui j’ai étudié et que j’ai beaucoup appréciée sans toutefois avoir eu la chance de pouvoir la découvrir en dehors de ces temps d’étude.

Elle a eu l’excellente idée de tenter d’approfondir notre connaissance mutuelle en me proposant de répondre au fameux questionnaire de Proust (dont la légende dit qu’il le faisait remplir à tous ses amis) que j’ai reproduit ci-dessous et en me promettant d’y répondre à son tour.

 

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. Le principal trait de mon caractère ?

 

2. La qualité que je préfère chez un homme ?

 

3. La qualité que je préfère chez une femme ?

 

4. Ce que j’apprécie le plus chez mes amis ?

 

5. Mon principal défaut ?

 

6. Mon occupation préférée ?

 

7. Mon rêve de bonheur ?

 

8. Quel serait mon plus grand malheur ?

 

9. Ce que je voudrais être ?

 

10. Le pays où je désirerais vivre ?

 

11. La couleur que je préfère ?

 

12. La fleur que j’aime ?

 

13. L’oiseau que je préfère ?

 

14. Mes auteurs favoris en prose ?

 

15. Mes poètes préférés ?

 

16. Mes héros favoris dans la fiction ?

 

17. Mes héroïnes favorites dans la fiction ?

 

18. Mes compositeurs préférés ?

 

19. Mes peintres favoris ?

 

20. Mes héros dans la vie réelle ?

 

21. Mes héroïnes dans l’histoire ?

 

22. Mes noms favoris ?

 

23. Ce que je déteste par-dessus tout ?

 

24. Personnages historiques que je méprise le plus ?

 

25. Le fait militaire que j’estime le plus ?

 

26. La réforme que j’estime le plus ?

 

27. Le don de la nature que je voudrais avoir ?

 

28. Comment j’aimerais mourir ?

 

29. État d’esprit actuel ?

 

30. Fautes qui m’inspirent le plus d’indulgence ?

 

31. Ma devise ?


 

« Ma chère…,

Quelle délicieuse idée que de me soumettre ce si célèbre questionnaire auquel je n’ai jamais répondu. Cependant, et puisque nous nous connaissons un peu tu n’en seras pas surprise, je trouve affligeante cette manie de la liste. Il n’y a rien de plus monotone  et je serais bien désespérée si j’apprenais que tu t’es endormie en me lisant. Tu sais que j’ai toujours à coeur de te séduire et la tâche serait bien vaine si j’acceptais ta proposition de me réduire à une succession non coordonnées d’informations. La docilité n’est pas une vertu que je possède ni même affectionne. Est-ce d’ailleurs une vertu? Tous ceux qui obéissent et se plient sans sourciller m’inquiètent et accoler l’adjectif militaire à n’importe quel vocable le prive à mes yeux de toute éligibilité à l’estime. Ce en quoi je me sais très excessive. C’est mon principal trait de caractère et aussi, certainement, mon plus gros défaut. Je ne sais rien vivre à demi. A part la haine peut-être.

C’est ce défaut, lorsque nous l’avons en commun, que j’apprécie le plus chez mes amis. J’aime les désaccords, le ton qui monte, l’indéfendable défendu à coups d’arguments de la plus parfaite mauvaise foi. Et la capacité à se faire un jour l’allié du camp adverse avec la même dévotion. J’aime la fougue, ses excès et ses contradictions.

C’est donc certainement de ma conscience du haut degré de pénibilité de ce seul défaut (qui n’est pas mon unique) que découle ma plus grande qualité: mon coeur est d’une fidélité sans faille. Quelqu’un que j’ai un jour aimé ne pourra jamais m’inspirer d’indifférence.

Et que faut-il pour que j’aime? La petite étincelle. La confiance. Le sentiment diffus d’être comprise. Et un peu de poésie. Si les hommes peuvent en plus être drôles et les femmes me prêter une oreille attentive, je suis à jamais conquise.

Entourée d’amis de la sorte, sans vertu mais pourvus de toutes ces qualités , je pourrais vivre dans la plus parfaite félicité. Mes journées se dérouleraient lentement. Je consacrerais mes matins à lire Houellebecq, Baudelaire ou Rimbaud et mes soirées à écrire. Parfois l’inverse pour éviter l’ennui. Et de temps en temps, en écoutant Bach, je dessinerais des trucs moches dans un carnet. Parfois, sans aucune raison, je trouverais ça beau et j’admirerais mes gribouillis avec le même enthousiasme que s’il s’agissait d’une toile de Klimt ou du Douanier Rousseau.

Toutes ces douces activités, qui pourraient confiner à l’oisiveté si je ne les exerçais avec tout mon être, auraient pour écrin une cabane en bois modeste, dressée au centre d’une clairière à l’herbe tendre, elle-même perdue au fond des bois. Je disposerais tout de même d’une vue sur une mer déchaînée dont le ressac me bercerait à la nuit tombée. Je sortirais parfois cueillir des myosotis ou observer les mésanges qui me considèreraient comme une des leurs.

Quand on peut rêver à pareille existence, pourquoi vouloir être quelqu’un d’autre? Ma vie n’est pas parfaite mais je ne connais que la surface de celle des autres. Je ne prendrais pas le risque de me perdre dans les méandres de leurs profondeurs. Je préfère, quand la crainte du pire me saisit, avaler une tartine de rillettes-cornichons arrosée d’une bonne tasse de thé. Admirer ne peut conduire qu’au désespoir quand vient le temps de la comparaison. Et je déteste le désespoir par dessus tout. C’est pourquoi j’éviterai d’évoquer dans ce courrier les idées les plus noires qui me trottent en tête. La vie est bien assez chienne. Evitons d’imaginer ce que pourrait être notre plus grand malheur. Elle pourrait s’en inspirer.

En écrivant ces lignes, je me dis que j’aurais aimé que la nature m’ait dotée de plus de légèreté. J’aurais alors pu célébrer des évènements comme la découverte de l’Amérique au lieu de les mépriser pour le sang qu’ils ont fait couler ou répondre gentiment à ton questionnaire sans te faire risquer la dépression.

J’espère que Dame Nature saura se faire pardonner en m’octroyant le plaisir de mourir en un battement de paupière, sans jamais me donner conscience que ma fin était proche. C’est ce désir d’ignorance et mon indulgence pour la faiblesse des peaux qui m’inspirent ma devise:

« Pour vivre heureux, vivons simplets »

Naïve jusqu’au bout, c’est donc sans savoir comment tu la recevras que je t’envoie sans plus la relire cette missive que je t’ai promise.

… »

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