Atelier d’écriture (8)-Une nouvelle (5/5)

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Episode 5:

Les deux amis arrivent à la cabane de la veille.

Vous devez annoncer la mort du compagnon de la veille en créant un effet de forte surprise au moment de la chute.

Temps imparti: 1h30

—————————————-

Le soleil couchant sur ces terres agricoles nimbait les champs de labeur d’une aura de poésie.

J’avais l’esprit en joie et la sensation que j’avais enfin trouvé un équilibre dans la vie. La sensation que, désormais, plus rien de désagréable ne pourrait m’arriver.

Je descendis légèrement la vitre de ma portière et, le nez au vent, profitai de la fraîcheur de l’air du soir, bercé par le roulis de la camionnette. François ne parlait pas. Tout était calme et apaisé.

Peut être avais je somnolé quelques instants ou avais je simplement cédé à une profonde torpeur mais j’eus la sensation que quelques minutes m’avaient été volées lorsque je me trouvai gêné par une odeur âcre. Brusquement et dans le même temps, je sentis mes yeux larmoyer sans en comprendre tout de suite la raison. C’est François qui me mit sur la voie en sifflant :

« Et ben ! Je ne sais pas ce qui a brûlé là bas mais je te parie que le type ne couchera plus chez lui de sitôt. »

A ces mots, mes yeux suivirent le regard de François et se posèrent sur les restes calcinés d’une petite cabane de pêcheur. La cabane dans laquelle j’avais passé la nuit. J’en étais convaincu.

« Arrête toi François ! Il faut que j’aille voir. » hurlai je en ouvrant déjà la portière côté passager.

Même si je n’avais nullement l’intention de maintenir des liens avec l’homme qui avait été mon compagnon d’une nuit, je ne pouvais pas passer mon chemin sans savoir s’il avait été blessé dans cet incendie. Ou même pire.

Médusé par ma réaction, François freina violemment et stationna son utilitaire sur le bas côté. Sautant du véhicule presque aussi promptement que moi, il me suivit en courant :

« Attends moi Simon ! Mais qu’est ce qui te prend, Bon Dieu ? »

Je ne pouvais pas prendre le temps de lui expliquer cette nuit passée hors du temps. Il n’aurait pas compris. Moi même, je ne comprenais plus vraiment. Mes souvenirs semblaient se brouiller à mesure que j’approchais du foyer de l’incendie. De nouveaux venaient comme percuter ceux avec lesquels je m’étais réveillé ce matin. Si l’odeur de moisi qui imprégnait la cabane était encore bien réelle dans mes narines, je ne me souvenais subitement plus ni les traits ni la voix de mon ami d’un soir. Je me trouvais submergé par des émotions contradictoires. Je balançais entre une inquiétude disproportionnée concernant la disparition probable mais pas certaine d’un quasi inconnu qui me poussait sans aucune autre alternative à aller m’enquérir de son sort auprès des pompiers et des forces de l’ordre qui entouraient encore la cabane et un impératif besoin de prendre la fuite, de tout quitter, mes parents, François et notre amitié retrouvée, pour un ailleurs indéterminé. Cette confusion était si intense que je n’avais de cesse de courir d’avant en arrière, tantôt comme aspiré par les ruines de la cabane, puis, presque aussitôt, repoussé avec violence vers la route que je venais de quitter.

Je ne sais combien de temps je restai en proie à cette agitation. Je finis par croiser le regard aussi stupéfait que terrifié de François devant mon manège. Et je m’effondrai au sol, secoué de violents sanglots.

François me prit aussitôt dans ses bras :

« Tu connais cet endroit Simon ? Que se passe t’il ? Parle moi Simon ! »

J’avais beau lire l’angoisse dans les yeux de mon ami, je demeurais incapable de le rassurer. Mon esprit avait comme disjoncté. Je ne savais plus ce qui se passait sous mes yeux. Pas plus que ce qui avait eu lieu hier. Je ne savais plus. Et quand bien même j’eus su, il m’eut été impossible d’articuler le moindre son. J’étais en état de sidération.

Renonçant à obtenir une quelconque explication de ma bouche, je vis François me quitter avec douceur et se diriger vers les équipes de sauveteurs. Je les vis faire des gestes que je ne sus interpréter. Je les vis prononcer des mots que je ne pus ni entendre ni comprendre. Quelque chose s’était passé. Quelque chose de grave.

François revint vers moi. Lentement. Trop lentement. Il allait m’annoncer quelque chose. La stupeur avait remplacé l’incompréhension dans son regard. J’y voyais un peu de colère aussi. Il me saisit par le col de mon blouson et m’obligea à me redresser, à me tenir debout, à sa hauteur. Même si je ne le regardais pas, je comprenais que quelque chose me concernait là bas. François ne cessait de répéter : « Mais qu’est ce que tu as fait ? Putain ! Simon ! Qu’est ce que tu as fait ? »

Je l’entendais psalmodier ces mots sans en comprendre le sens et sans l’écouter. Je sortais doucement de ma torpeur, l’œil attiré par un détail qui retenait à présent toute mon attention. Tout autour de la cabane, le sol était jonché de cannettes de bière vides et j’avais beau chercher autour de moi, le regard embrassant la plaine à des kilomètres à la ronde, aucune trace d’un quelconque bistrot. Là où aurait dû se dresser la preuve de mes souvenirs de la veille, rien. Avais je donc rêvé ma soirée ? Avais je réellement partagé ma nuit avec un compère ? N’avais je finalement pas tout inventé pour ne pas prendre conscience de l’isolement dans lequel je me trouvais? Etait il possible que je me sois à moi même raconté une histoire pour me protéger d’une réalité trop difficile à accepter ? De telles choses existaient elles ?

Peu à peu, les pièces d’un macabre puzzle semblaient se mettre en place malgré moi. Les souvenirs écrans que j’avais, certainement de façon inconsciente, fabriqués et qui m’avaient accompagné tout au long de cette belle journée s’effaçaient au profit d’une réalité toute autre.

Je n’avais rencontré aucun ami hier soir. J’avais bu mais seul, écrasé par une immense solitude.

Pourtant, cette cabane était bien réelle. J’y avais pénétré.

Tout comme les bruits de pas que j’avais entendus dans ma retraite. Mais plus tard dans la nuit.

J’avais peur de comprendre.

Je parvins à peine à murmurer quatre mots qui eurent pour effet immédiat d’interrompre la litanie de François :

« Le mec est mort ? »

Il me fixa alors d’un regard que je n’oublierai jamais. La stupeur le disputait au doute et à la colère.

Semblant, à grand peine, se contenir pour ne pas exploser de rage, les mâchoires si serrées qu’il lui était difficile d’articuler la moindre parole, les poings blanchis aux articulations, il prononça cette phrase qui allait à jamais confirmer mes pires craintes et sceller mon destin :

« Simon, ce mec, c’est ton père ».

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