Atelier d’écriture (6)- Une nouvelle (3/5)

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Episode 3 : Le personnage principal se réveille sans savoir ce qu’il est advenu de son compagnon de la veille. Nous sommes dimanche. Il décide de prendre la route pour rendre visite à un ami qu’il n’a pas vu de longue date.

Temps imparti: 1h30

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Au petit matin, je fus réveillé par la lueur du jour dont la clarté me fut immédiatement insupportable. Une violente pulsation intracrânienne m’empêchait de discerner précisément le lieu où je gisais et je conservais bien peu de souvenirs de la soirée passée. Impossible d’ignorer que j’avais dû grandement abuser de l’alcool. Mon haleine empestait au point de me gêner moi même.

Quelques souvenirs me revenaient par bribes: le bar mal famé et hors du temps, mon mystérieux compagnon dont je ne savais ce matin rien de plus que la veille au soir lorsque nous nous étions rencontrés, des bruits et quelques odeurs. Mais rien de précis. Et rien dont je n’aie réellement envie de me souvenir.

Le regard toujours embrumé, je me rendis compte que je n’étais plus dans mon abris de fortune mais allongé au bord de la nationale, peut être à quelques kilomètres de l’auberge où j’avais passé la soirée. Je n’avais aucun souvenir de la façon dont j’avais pu me retrouver là. Mon compagnon de la veille aurait peut être pu me renseigner mais je n’avais ni le désir ni aucune raison de rebrousser chemin pour le retrouver et le réveiller. Nous n’avions lui et moi rien en commun d’autre que notre beuverie. Je ne voulais évidemment pas m’encombrer de ce genre d’individu dans ma vie quotidienne. Il serait extrêmement gênant d’être aperçu en sa compagnie dans un lieu familier ou par un proche.

Le mieux était de prendre la poudre d’escampette et de mettre toute la journée d’hier derrière moi. Une parenthèse peu glorieuse de vingt quatre heures. C’est arrivé à d’autres.

Je retrouvais progressivement mes esprits et l’envie d’oublier toute cette histoire, de la dispute avec mon père à ma conduite nocturne.

Je profitais alors, plus serein que la veille, du paysage que m’offrait la campagne alentour. La blondeur des blés se fondait dans un ciel pastel pommelé de blancs nuages. La rivière murmurait à mes oreilles et j’entendais avec plaisir croasser quelques crapauds. La vie me semblait ce matin plus réelle qu’elle ne l’avait jamais été. Je prenais violemment conscience de chacun de mes sens et, sans pouvoir me l’expliquer, j’avais un peu la sensation de naître à nouveau.

Après quelques minutes à avancer sans savoir où j’étais, je lus un panneau indicateur qui fit remonter à la surface une myriade de souvenirs enfouis. A ma gauche, à quelques kilomètres à peine, se trouvait le village dans lequel j’avais passé ma plus tendre enfance, avant que nous déménageâmes à notre adresse actuelle lorsque j’eus dix ou peut être douze ans. J’avais marché beaucoup plus que je ne l’avais pensé depuis mon refuge nocturne.

Le mal était déjà fait pour mes parents et, s’ils avaient dû s’inquiéter, quelques heures de plus ou de moins à mon retour n’y changeraient que peu. Je partis alors en pèlerinage vers la bourgade qui m’avait connu en culottes courtes.

La route était calme en ce dimanche matin et peu de voitures troublèrent la tranquillité de ma promenade. Je ne pensais à rien, savourant simplement pleinement les informations que me renvoyaient chacun de mes sens. Le nez au vent, je parcourus ainsi mon chemin sans même m’apercevoir du temps qui passait ni même sentir mes pieds. J’allais à mon but sans y réfléchir et je l’atteins en milieu de matinée. Guidé par le son des cloches, je me retrouvai sans même y avoir pensé, comme mû par une foulée qui ne m’appartenait pas, sur la place de l’église dans laquelle se pressait une foule clairsemée de bigots. Je me souvenais la messe plus fréquentée du temps de mes jeunes années. Tous les dimanches répondaient à l’époque à un rituel immuable qui débutait par le trajet à pied de notre maison fort éloignée du bourg à l’église, en souliers du dimanche qui me cisaillaient les pieds. Mais jamais je n’aurais osé me plaindre. Les choses étaient ainsi. Nous arrivions toujours les premiers, mon père, ma mère et moi et occupions invariablement le premier banc. Mon père chantait fort, ma mère priait avec ferveur et, une heure durant, je m’ennuyais fermement. Tout était bon pour faire passer le temps. J’ai même, pendant quelques années, occupé une place d’enfant de chœur, pour la plus grande fierté de mes parents. Qu’auraient ils pensé s’ils avaient deviné que cette soudaine piété n’avait d’autre objectif que de me permettre de me mouvoir pendant que les autres se recueillaient ?

Sitôt que le prêtre avait prononcé son dernier mot, nous sortions en ville en famille pour faire la queue à la boulangerie et avoir le privilège d’y acheter du bon pain frais et quelques pâtisseries pour accompagner la volaille dominicale. Le boulanger était le père d’un de mes amis de classe et j’avais l’autorisation de jouer avec lui sur le trottoir pendant que mes parents patientaient dans la file qui, certains dimanches de beau temps, se prolongeait jusqu’au coin de la rue.

François. Son prénom était François. Je me demandai ce qu’il avait bien pu devenir et voulus savoir s’il avait repris le commerce de son père. J’avançais à travers le dédale de petites rues comme si je les avais quittées hier. Sans aucune hésitation, je retrouvai la boulangerie qui n’avait absolument pas changé et j’en poussai la porte avec curiosité. A une charmante jeune femme qui faisait office de vendeuse, je demandai si François était ici. A ma grande satisfaction, elle ne parut pas le moins du monde étonnée et s’éclipsa dans l’arrière boutique pour l’aller quérir. Je fus alors traversé d’une immense vague de bonheur en voyant apparaître le profil de mon ancien ami dans l’encadrement d’une porte vitrée. Il ne fallut que quelques secondes pour que son visage s’éclaire et qu’il s’écrie :

« -Mais ça alors ! Simon ! Que fais tu là ? »

Ne souhaitant pas me répandre sur mes ennuis du moment, je lui répondis que j’étais en vacances et avais eu envie de venir retrouver les lieux et les amis de mon enfance.

Il quitta aussitôt son tablier enfariné pour me serrer dans ses bras et m’emmener sur les traces de nos dix ans.

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