Atelier d’écriture (5)- Une nouvelle (2/5)

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NB: A chaque séance, j’ai pris quelques minutes sur le temps imparti pour retoucher les épisodes précédents afin de les ajuster au maximum aux nouvelles consignes données par l’animatrice. C’est la version finale que je partage avec vous

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Episode 2:

Le personnage principal rencontre un personnage secondaire. Ils font connaissance et cherchent un endroit où boire. Une camaraderie se noue entre eux et la soirée se termine dans une cabane de pêcheur que connait le personnage secondaire. Le récit s’achève sur le sommeil des personnages. Préparer un blanc au réveil du personnage qui aura lieu au prochain épisode.

Temps imparti: 1h30

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J’étais littéralement épuisé et me résolus à passer la nuit dans l’herbe tendre.

Il me sembla qu’à peine la tête sur le sol, je fus tiré de ma torpeur par un sifflotement étrangement familier. Aucun doute, il n’appartenait pas à un oiseau. Irrémédiablement réveillé, je me redressai et tendis l’oreille. Le petit son guilleret semblait se rapprocher de moi, accompagné par le bruit de pas dans les herbes hautes. Dans quelques minutes, j’aurais de la compagnie. Les yeux fixés sur l’obscurité, je tentais de discerner une silhouette rassurante ou un signe que cet inconnu avait changé de cap et que je pourrais paisiblement passer la nuit.

Mais je n’eus pas le temps de préparer cette rencontre. Mon ouïe me trompait en situant mon visiteur à gauche toute. Il surgit comme un diable à ma droite, l’œil vif et un sourire narquois aux lèvres. Son regard ne reflétait pas la moindre inquiétude et il se comporta d’emblée comme le maître des lieux.

« Et bien jeune homme ? On s’est égaré ?

-Je cherchais le calme.

-Le calme ? En campant à deux pas du chantier de l’autoroute ? Tu seras bien déçu demain matin ! Au lieu de jouer les romantiques esseulés, tu ne veux pas aller boire un verre avec moi ? Je connais un bon petit établissement où ils ne radinent pas sur la taille des verres. Ca te tente ? »

Son offre était séduisante. Mon escapade n’avait assurément pas pris le chemin que je voulais lui donner. Au lieu de méditer en pleine nature, je me retrouvais la tête dans la rosée, menacé d’un réveil au son des marteaux piqueurs. Peut être la Providence m’avait elle envoyé cet homme pour me guider vers ma destinée ? Et si ce n’était pas le cas, je passerais de toute évidence une meilleure soirée bien au sec dans un estaminet que sur la berge humide de cette rivière.

Je refusai de tenir compte de l’aspect de mon tentateur. Le bon sens et mon éducation auraient du m’inciter à fuir cet homme négligé. Ses vêtements avaient deux tailles de trop et lui donnaient une allure tout à la fois comique et effrayante. Une immense veste en laine à carreaux rouges tentant vainement d’avaler un vieux pantalon en velours passé le faisait ressembler à un clown. Mais son visage m’était inexplicablement familier, presque bienveillant. Comme si l’enveloppe du bonhomme m’était inconnue mais que j’avais passé ma vie entière auprès de son être. Pourtant quelque chose dans son regard ou une multitude de petits détails que seul l’inconscient peut saisir, quelque chose aurait du me faire décliner son offre que je m’empressai pourtant d’accepter. Je ramassai mon chapeau, enfonçai les mains dans les poches pour m’assurer que j’avais assez d’argent pour m’offrir une bonne soirée et j’emboitai le pas de mon guide nocturne. Il s’avéra très peu bavard sur le chemin qui devait nous conduire dans un bar où il avait ses habitudes. Nous parcourûmes ces quelques mètres dans un silence presque total. Il accéléra le pas dès que le bistrot fut en vue et que la lumière de la route nous éclaira, comme aspiré par la porte de l’établissement. Je le suivis, sans joie ni crainte, comme hypnotisé.

Sitôt la porte du café poussée, nous fumes propulsés dans une autre dimension. Au calme de la nuit succédèrent les rires alcoolisés des habitués. A la fraicheur, une chaleur moite. Au temps du recueillement, celui de la célébration. Mon camarade fendit la foule des noctambules, laissant échapper une grossièreté ou une tape dans le dos de temps à autres, signant qu’ici aussi il était chez lui.

Nous nous assîmes à une petite table dans un recoin sombre de la salle. Sans que nous ayons rien commandé, un jeune homme vêtu d’une façon qui n’aurait pas juré en plein Far West déposa devant nous deux pintes de bière. A cet instant, je sentis toute notion de réalité m’échapper et me laissai glisser avec bonheur dans la douceur du moment.

Je ne saurais dire combien de litres d’alcool nous avons bu mais nos verres semblaient se remplir comme par magie. Plus rien n’avait d’importance. La dispute avec mon père me semblait avoir eu lieu des années auparavant. Nous parlâmes de tout et de rien, de la pluie et du beau temps, des femmes et de la vie. Nous parlâmes longtemps. Si longtemps qu’arriva le moment où notre fringant cow boy nous informa qu’il était en train de nous servir la dernière bière de la soirée. Je dégrisai l’espace d’un instant. Où allais je donc passer le reste de la nuit ? Après cette soirée occupée à boire en bonne compagnie, je n’envisageais plus du tout la possibilité de dormir à la belle étoile. Mon compagnon ne fut pas long à me rassurer. Il connaissait, tout proche de l’endroit où il m’avait rencontré, une cabane de pêcheurs qui devrait bien faire l’affaire pour nous abriter les quelques heures où nous allions dormir. Une fois encore, je m’en remis à lui. L’esprit plus très clair, je réglai mon pas sur le sien et le suivis jusqu’à son refuge.

Peu de temps après notre départ, ou peut être une éternité, je ne saurais le dire tant j’avais bu, je vis apparaître la silhouette d’une vieille cahute au bord de la rivière dont j’avais quitté la rive plus tôt dans la soirée. Le lieu semblait abandonné. Les roseaux et les herbes folles étaient plus grands à mesure que nous approchions de la bâtisse. Une odeur de bois mouillé et de champignons s’empara de mon nez à proximité de notre refuge d’une nuit. Mais rien ne pouvait me faire renoncer désormais. J’avais froid, j’étais fatigué et je ne pensais qu’à m’allonger pour sombrer dans le néant du sommeil.

Mon camarade poussa la porte qui grinça sur ses gonds et résista avant de se rendre de mauvaise grâce. Il n’y avait pas d’électricité dans cette vieille cabane et c’est à la lueur de nos briquets que nous parvînmes à mettre la main sur deux matelas crasseux et une bouteille de whisky à peine entamée. Chacun allongé sur nos couchages de fortune, nous nous passâmes plusieurs fois la bouteille et bûmes à même le goulot et à grandes rasades avant de basculer dans une nuit sans conscience.

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